Salope. C’est fou comme on s’habitue à entendre ce mot très tôt dans notre vie. “Salope” est une insulte qu’on vous a déjà peut-être adressé, ou alors vous l’avez entendu

Salope. C’est fou comme on s’habitue à entendre ce mot très tôt dans notre vie. “Salope” est une insulte qu’on vous a déjà peut-être adressé, ou alors vous l’avez entendu (ou même énoncé) à propos d’une autre femme, ou entendu, lu, chanté sous diverses formes. Cette insulte fait partie d’une réalité quotidienne sexiste qui a été bien intégrée. Qu’est-ce qu’être une salope finalement ?Dans son livre Toutes des salopes, Adeline Anfray revient sur l’histoire et le sens de cette insulte et nous propose de réfléchir à une réappropriation féministe du mot.

Un mot utilisé pour dénigrer et soumettre les femmes

“Comment faire d’une insulte un étendard féministe”, voici le sous-titre du livre Toutes des salopes, qui annonce tout de suite le ton. Adeline Anfray nous livre un essai passionnant qui revient sur un mot devenu tristement banal dans le langage et pourtant lourd de significations, de représentations et de violence envers les femmes.

Depuis la première femme du monde biblique Ève, en passant par Blanche-Neige, Marlène Schiappa ou Nabilla, nous semblons toutes unies par une chose : croquer la pomme de la vie et de la sexualité à pleines dents nous condamne à être des salopes. Jeune ou âgée, “trop” belle ou “trop” moche, savante ou “trop bête”… c’est le même lot, rien ne va jamais. Nous sommes toutes des salopes.

Le livre d’Adeline Anfray invite donc à prendre conscience de l’imaginaire collectif présent autour du mot “salope”, depuis les origines même de notre culture occidentale. Elle pointe le fait qu’aujourd’hui encore, c’est un mot utilisé pour dominer la femme, pour la renvoyer à son objétisation sexuelle, quels que soient son activité, son physique, son pouvoir.

On comprend que le mot “salope” enferme beaucoup de stéréotypes, dont chacun a sa propre définition, avec tout de même une image commune résumée par le journaliste Marc Lemonier dans le livre : « c’est une fille qui ne répond pas aux critères imposés par les hommes ».

Représentation de Jeanne d’Arc au bûcher avant d’être brûlée vive, pour cause de “sorcellerie” et hérésie. Martial d’Auvergne (vers 1484).

Revendiquer être toutes des salopes pour affirmer notre liberté et notre pouvoir

Toutes des salopes est un manifeste pour questionner les jeux de domination/soumission qui se cachent derrière l’insulte “salope”. En anglais, on parle de slut shaming, cette façon de vouloir décrédibiliser et rendre méprisables les femmes en insultant leur confiance, et notamment leur assurance sexuelle. Plusieurs artistes américaines, comme Madonna ou Rihanna se sont réappropriées le mot “bitch” pour en faire un étendard féministe, mais en France, pas encore de gros mouvement visible pour rendre le mot “salope” féministe ! Ceci dit j’aimerais tout de même citer Mylène Farmer qui chantait haut et fort “je suis libertine, je suis une catin” en 1986. On ne parle pas assez de Mylène, je vous le dis !

Se réapproprier une insulte et l’arborer fièrement est une façon de casser le cercle de l’humiliation recherché par ceux qui la profanent. Ne plus prêter attention à une insulte et la revendiquer, c’est déjà tuer cette insulte.

Dans le livre, la journaliste Julia Tissier affirme “Si être une salope, c’est être libre, il faut en être une, j’en suis une”, tandis que Stéphane Rose indique que pour lui “une salope est une femme qui assume sa sexualité, tout simplement, sans se soucier de ce qui est bienséant ou non pour une femme”.

Dans l’article “je suis une femme sans jamais avoir été une fille”, je racontais comment ma liberté sexuelle et d’opinion durant l’adolescence m’ont désigné comme “salope” autant auprès des mecs que des filles. Statut qui d’ailleurs me convenait parfaitement, car finalement n’est-ce pas un compliment d’être traitée de “femme libre” ? En tout cas, c’est ainsi que je définis personnellement la salope.

Toutes des salopes est un livre à mettre entre les mains de celles qui souhaitent comprendre ce mot et sa dimension revendicatrice, celles qui continuent d’avoir des préjugés négatifs sur les autres femmes qui sortent des normes et affichent leur sexualité, celles qui voudraient être des salopes et ont besoin d’un coup de pouce pour se donner du courage, celles qui sont des salopes revendiquées, celles et ceux qui profèrent ce mot sur les autres trop facilement sans se poser de questions.

Si nous sommes toutes des salopes contre notre gré, il est temps de le devenir selon notre propre définition du terme.

Le livre Toutes des salopes – Comment faire d’une insulte un étendard féministe d’Adeline Anfray, est édité par la librairie érotique de Paris La Musardine et disponible sur Amazon, en version papier et numérique.

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Nietzsche et Mme Bovary sont mes parents, Don Juan est mon premier amour. C'était mal barré. Les chiennes ne font pas les chattes.