Les rumeurs et accusations s’accumulent à l’encontre de Gérald Marie, ancien agent de mannequins surpuissant à la tête d’Elite dans les années 1980-1990. Plusieurs tops s’organisent pour le faire tomber et mieux protéger les femmes dans le monde du travail.

Un de la mode peut-il avoir lieu ? C’est la question qui agite l’industrie depuis plusieurs années, notamment autour du cas de Gérald Marie, ancien patron Europe de la puissante agence de mannequins Elite.

Plusieurs mannequins ont témoigné et témoignent encore à son encontre auprès d’enquêteurs à Paris, même s’il y a prescription des faits pour la plupart d’entre elles, et qu’il est donc présumé innocent par la justice française à l’heure actuelle.

Une journaliste infiltrée comme mannequin, agressée sexuellement

Ce qui a (re)déclenché cette affaire bien connue dans le milieu, c’est Lisa Brinkworth, ancienne journaliste de la BBC.

Pendant un an, en 1998, elle feint de vouloir devenir mannequin afin de mener une enquête incognito concernant les comportements inappropriés dans les agences. Car déjà, à l’époque, les rumeurs présentent notamment Gérald Marie comme un agent aussi pressant que puissant.

La BBC diffuse le résultat de son infiltration avec micro caché le 23 novembre 1999 : entre autres, Gérald Marie lui suggère de pratiquer des fellations à des convives lors d’un dîner, ou encore lui propose 500€ pour passer la nuit avec elle.

BBC drawn into investigation into undercover reporter’s sexual assault claims

— lisa brinkworth (@brinksmate)

Une agression sexuelle subie par Lisa Brinkworth ne figure pas dans le documentaire, qu’Elite a attaqué en diffamation, empêchant toute rediffusion, mais aussi exploitation des images et pistes sonores du tournage. Si bien que la journaliste n’a d’abord pas pu s’en servir pour tenter d’obtenir justice, alors même qu’elle raconte avoir subi menaces et intimidations suite à la première diffusion.

Attention, le paragraphe suivant décrit en détails cette agression. Passez-le si vous ne souhaitez pas y être confrontée.

Les faits remonterait à la nuit du 5 au 6 octobre 1998 ; Gérald Marie aurait enfoncé son sexe en érection dans le bas-ventre de la journaliste infiltrée comme mannequin. Celle-ci aurait, dès son retour à l’hôtel, fait enregistrer son témoignage à son collègue Donal MacIntyre qui aurait ensuite confié la piste à la BBC.

Suite au scandale de la première diffusion du documentaire (où n’est pas mentionné cette agression sexuelle présumée), Gérald Marie se voyait tranquillement invité de l’émission Tout le monde en parle pour nier les faits en prime-time devant le présentateur, , hilare.

Gérald Marie à propos de l'agence Elite - Archive INA

Si cela vous rappelle quelque chose, c’est normal : le ringard en noir adore rigoler et donc renforcer la culture du viol à la télévision, comme face à , qui lui racontait face caméra avoir subi une tentative de viol de la part de , soit 4 ans avant l’affaire du Sofitel…

Gérald Marie, « le Harvey Weinstein de l’industrie de la mode » ?

Près de vingt ans après les faits, dans le sillage de l’affaire Weinstein, la journaliste indépendante Lisa Brinkworth a finalement pu déposer plainte contre l’ancien patron d’Elite Europe.

Contrairement à d’autres mannequins comme Carré Sutton, Ebba Karlsson et Jill Dodd qui l’accusent de viols commis dans les années 1980 et pour lesquels le délai de prescription s’avère dépassé, l’agression sexuelle subie par la journaliste ne tomberait peut-être pas sous le coup de la prescription, à cause du procès en diffamation contre la BBC l’empêchant d’accéder aux archives qui aurait pu lui servir pour déposer plainte à l’époque, argue aujourd’hui son avocate, Me Anne-Claire Lejeune.

Le parquet de Paris a donc pu ouvrir une enquête préliminaire pour « viols et agressions sexuelles », y compris sur mineures, le 28 septembre 2020, rapporte à qui l’avocate de Lisa Brinkworth, a notamment confié : 

« J’ai entre les mains les témoignages de huit anciens mannequins qui ne se connaissent pas et qui, pourtant, décrivent des faits similaires : Gérald Marie les attirant chez lui au prétexte de leur montrer des photos et les violant avec une grande brutalité. »

C’est parce que l’homme aurait carrément un mode opératoire répété, bien ficelé, pour commettre des violences sexuelles en toute impunité que Serene Cicora, ancienne agent dans les années 1980-1990 ose une parlante comparaison, auprès du en novembre 2020 :

« Le grand nombre d’accusatrices, combiné à ce que beaucoup d’entre eux disent sur la façon dont Gérald Marie a abusé de son pouvoir pour contraindre les victimes, menaçant leur carrière s’ils refusaient une relation sexuelle, suggère qu’il pourrait être “le Harvey Weinstein de l’industrie de la mode”. »

Vingt ans de rumeurs avant des plaintes officielles, mais pour des faits désormais prescrits

Depuis la plainte de Lisa Brinworth, une quinzaine de femmes ont pris la parole publiquement ou se sont signalées aux enquêteurs de la Brigade des mineurs, rapporte aujourd’hui l’AFP.

En tout, au moins quinze femmes accusent désormais Gerald Marie de « viol », « agression sexuelle » ou « harcèlement ». Mais pour qu’un éventuel procès puisse se tenir, il faudrait qu’une victime présumée dont les faits ne seraient pas prescrits aux yeux de la justice française porte plainte. 

En attendant, c’est la présomption d’innocence qui prévaut. Sollicitée par l’AFP, Me Céline Bekerman, l’avocate de Gérald Marie qui n’a pas encore été interrogé sur ces faits, a indiqué :

« Mon client dément avec consternation ces allégations mensongères et diffamatoires. Il réserve ses éventuelles déclarations aux autorités compétentes. »

Pour inciter d’autres survivantes éventuelles à parler à la justice, plusieurs top-models viennent en tout cas de leur exprimer leur soutien auprès du, comme Milla Jovovich, Karen Elson, Paulina Porizkova, et .

L’ancienne première dame française explique ainsi au grand quotidien états-unien :

« Trop c’est trop — Je suis aux côtés de Carré [Sutton] et des autres survivantes de Gérald Marie qui viennent à Paris pour témoigner contre leur agresseur. »

Carla Bruni-Sarkozy fait ici référence à Carré Sutton (autrefois connue sous le nom de Carré Otis comme supermodèle des années 1980-1990), qui accuse publiquement Gérald Marie de l’avoir violée, notamment dans son autobiographie publiée en 2011 où elle détaille les faits.

Carré Sutton appelle aujourd’hui les survivantes à s’exprimer dans l’espoir que les faits subis par l’une d’entre elles ne soient pas prescrits par la justice, ce qui pourrait déclencher un procès. Carla Bruni-Sarkozy rejoint ainsi son appel auprès du New York Times :

« Aucune industrie n’est à l’abri des abus sexuels. Il y a tellement d’efforts à faire en France et dans le monde pour que les femmes soient protégées des violences sexuelles au travail. »

Si plusieurs mannequins connus s’expriment aujourd’hui dans les colonnes du New York Times (et non dans un grand quotidien français, ce qui veut déjà dire beaucoup…), c’est notamment grâce au travail de ce qui s’apparente au premier syndicat de mannequins, : un groupe de défense à but non lucratif pour les travailleurs de la mode, qui a par exemple offert des réunions Zoom de coaching judiciaire pour les mannequins qui souhaiteraient obtenir justice. 

Au-delà de la mode, mieux protéger les femmes au travail en général

Sara Ziff, fondatrice et directrice exécutive de Model Alliance, explique au New York Times que le cas Gérald Marie ne serait pas isolé, mais bien symptomatique de dynamiques encore à l’oeuvre aujourd’hui dans l’industrie de la mode : 

« Carré a été violée et victime de la traite à l’adolescence il y a 30 ans, et je sais que des abus similaires ont encore lieu dans le secteur aujourd’hui parce que nous entendons des mannequins actuels via notre ligne d’assistance. »

Evidemment, les violences sexuelles ne se sont pas arrêtées depuis les années 1980-1990, puisqu’il ne s’agit pas d’un problème de « mentalité de l’époque » comme il pourrait être confortable de le croire, mais bien d’un système patriarcal qui perdure et dévaste encore aujourd’hui.

C’est pourquoi, au-delà de l’industrie de la mode, Sara Ziff espère désormais que cette affaire puisse contribuer à permettre de mieux protéger les femmes dans le monde du travail en général, comme elle le confie au New York Times

« Il s’agit de l’industrie de la mode, mais cela pourrait aussi avoir des implications plus larges sur notre façon de penser le travail des femmes. Si nous ne pouvons pas obtenir des protections contre le trafic sexuel d’enfants pour certaines des femmes les plus privilégiées et les plus visibles au monde, alors plus généralement, où cela nous mène-t-il ? »

Article sponsorisé par Manon

 

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Crédit photo : capture d’écran de