« On se demande pourquoi on fait tout ça. Moi, mon histoire est réglée, je vis avec, ce que je fais c’est pour faire entendre les autres, pour que mon sport avance. Et quand on voit que ça n’avance pas, c’est décourageant. »

Au téléphone, la voix d’Amélie Quéguiner laisse entendre sa grande détermination. En dénonçant les qu’elle a subies enfant, la cavalière ne s’attendait sûrement pas à se retrouver attaquée en diffamation par sa propre fédération sportive… Elle va pourtant devoir se présenter devant le tribunal de Périgueux le 28 avril suite à la plainte déposée par Serge Lecomte, président de la Fédération française d’équitation (FFE).

Comment en est-on arrivés là ?

Amélie Quéguiner, lanceuse d’alerte et survivante de violences sexuelles

C’est en février 2020 , les violences sexuelles qu’elle a subies enfant, puis adolescente ; des viols de la part de trois encadrants de son club d’équitation, dont son coach, qui est aussi son beau-père. Un enfer qui a duré dix ans.

C’est notamment qui a été le déclencheur l’aidant à parler de ce qu’elle a vécu. Aujourd’hui, à 51 ans, Amélie Quéguiner dirige désormais un centre équestre en Dordogne et se mobilise pour lutter contre l’omerta qui règne dans le sport au sujet des violences sexuelles. Elle explique à Madmoizelle :

« J’avais l’espoir que ma fédé soit l’une des premières à réagir, à faire son mea culpa. »

Suite aux révélations d’Amélie Quéguiner début 2020, la FFE avait annoncé des mesures pour lutter contre les violences sexuelles et pour améliorer la prise en compte des témoignages des victimes. Mais depuis quelques mois, l’organisation sportive semble vouloir la faire taire.

Le témoignage d’Amélie Quéguiner qui froisse la Fédération française d’équitation

En février dernier, et c’est là que les choses se corsent. Dans ce long et très puissant témoignage, Amélie Quéguiner raconte la première fois où les mots sont sortis, les conséquences sur sa famille et comment celle-ci s’est disloquée, comment des années après, elle a réussi à confronter son violeur.

Elle évoque aussi comment elle s’est mobilisée pour dénoncer les violences et surtout le silence qui protège les agresseurs et maintient l’impunité. C’est suite à ce témoignage que la FFE a déposé plainte pour diffamation contre la cavalière, qu’elle porte « gravement atteinte à l’honneur et à la considération de Monsieur Serge Lecomte et de la FFE ».

Elle reproche en effet à Serge Lecomte, le président de la FFE, , un homme accusé d’agressions sexuelles au sein de l’organisation (une affaire révélée en 2020 par Mediapart) et affirme qu’il aurait ainsi mis en danger des victimes potentielles :

« Une personne capable de protéger un pédocriminel et de le maintenir en poste sachant qu’il risque de le mettre en situation de récidive n’a rien à faire à la tête d’une fédération sportive, rien à faire nulle part d’ailleurs ! Il faut que tout le monde prenne conscience de cela et des responsabilités qui en découlent, même juridiquement.

Toutes les campagnes de communication ne sont que des écrans de fumée si, dans les faits, il n’y a aucune conscience de la mise en danger des jeunes. »

Pour Amélie Quéguiner, il règne une « culture du viol indécente et rétrograde » au sein de la FFE. De son côté, l’organisme , dans le cadre de la campagne pour élire le ou la nouvelle présidente de la fédération.

Amélie Quéguiner reconnait en effet avoir collaboré avec l’équipe d’une candidate, Anne de Sainte Marie, et que le programme de cette dernière contient des propositions auxquelles elle adhère en termes de lutte contre les violences sexuelles. 

L’équitation, une fédération majoritairement féminine

Si Amélie Quéguiner se mobilise autant, c’est aussi parce que l’équitation représente , derrière le football et le tennis. « Les trois quarts sont des filles mineures, et quand on sait qu’une fille sur cinq va être concernée par les violences sexuelles, on se dit qu’il faut les protéger », rappelle-t-elle auprès de Madmoizelle.

Pour elle, la FFE n’est pas réaliste en voulant résoudre les affaires de violences sexuelles « avec discrétion », « en catimini ». Au contraire, il faut informer les licenciés, être transparent avec les familles :

« Tout se sait, mais par des bruits de couloir, et ça ne sert à rien. Tant qu’il n’y a pas de cadre déontologique, tant qu’on ne définira pas des sanctions, on aura beau sensibiliser dire que ce n’est pas bien, ça ne servira à rien. Former les gens, les nouveaux encadrants, c’est le minimum. »

Une mobilisation en soutien à Amélie Quéguiner s’organise

Attaquer en justice une victime de viols, quel signal cela envoie-t-il en direction des autres victimes ? Quel impact cela aura-t-il sur celles et ceux qui voudraient parler, mais n’osent pas le faire, de peur de ne pas être crus ?

Plusieurs militantes, sportives et personnalités féministes et rappellent que « la plainte – ou la menace de plainte – en diffamation est un des outils utilisés pour intimider et faire peur. »

« Ces dernières années, des femmes courageuses, sportives, musiciennes, artistes, élues, écrivaines, militantes féministes, journalistes, salariées ont dénoncé des violences sexuelles qu’elles avaient subies. À chaque fois, comme aujourd’hui pour Amélie Quéguiner, nous avons assisté à des tentatives de les faire taire, de les appeler à la “discrétion”, comme le dit le président de la Fédération française d’équitation dans un courrier rendu public. »

Une a aussi été lancée par la cavalière Sophie Normand.

De son côté, Amélie Quéguiner doute de voir la FFE faire marche arrière, et regrette que la plainte pour diffamation qui la vise n’éloigne l’attention du sujet des violences sexuelles dans l’équitation et dans le sport en général : 

« On ne peut pas continuer à se cacher derrière l’argument “ce n’est pas que chez nous, c’est sociétal”. Pour être crédible sur ce sujet, il faut reconnaitre que l’on n’a pas vu l’ampleur des dégâts. »

Article sponsorisé par Manon

 

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