Parler d’argent, en France, c’est encore tabou. Pourtant, c’est un sujet passionnant, et par certains aspects féministes. Dans notre nouvelle rubrique Règlement de comptes, des femmes viennent éplucher leur budget, nous parler de leur organisation financière en couple et de leur Aujourd’hui, c’est Valérie qui a accepté de nous ouvrir ses comptes.

  • Prénom d’emprunt : Valérie
  • Âge : 50 ans
  • Métier : Maitresse de conférences à l’université
  • Revenu mensuel : 5.500€ net à deux
  • Famille : Son mari avec qui elle est depuis plus de vingt ans, leurs trois enfants et leurs deux chats
  • Lieu de vie : Une maison de ville  à Marseille

Les revenus de Valérie et de son mari

Après avoir obtenu un doctorat en sciences, Valérie (le prénom a été modifié) est devenue enseignante-chercheuse à l’université en 1999. Elle est donc fonctionnaire d’État, recrutée après un concours très sélectif. En vingt ans, elle a gravi les échelons, malgré trois interruptions de carrière liées à la naissance de ses enfants, et elle touche aujourd’hui en tant que maitresse de conférences un salaire de 3.200€ net par mois, auquel viennent s’ajouter 250€ de primes pour ses trois enfants et 600€ de « prime de recherche » par an.

« Je ne suis pas loin de mon salaire maximal possible qui sera de 3.800€ net (j’atteindrais cet échelon dans trois ans normalement). Je n’espère aucune augmentation, car le salaire des enseignants-chercheurs n’a pas été revalorisé depuis bien avant mon entrée dans le métier… »

Le mari de Valérie est lui aussi enseignant, mais dans le secondaire et il gagne environ 2.000€ net par mois. Lui non plus n’espère pas de revalorisation salariale avant longtemps…

« Les salaires des fonctionnaires de l’Éducation nationale ont été “gelés” depuis plus de 10 ans. Nous ne sommes pas indexés sur l’inflation, donc nous perdons du pouvoir d’achat. »

Valérie me raconte par ailleurs qu’elle a récemment été contactée pour faire son métier dans le secteur privé et qu’on lui a proposé un salaire qui fait « tourner la tête »(7.000€/mois+primes). En plus de leurs salaires, le couple touche environ 247€ d’allocations familiales chaque mois pour leurs trois enfants de 16, 13 et 9 ans.

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L’organisation financière du couple

Pendant presque vingt ans, Valérie et son mari ont fait comptes à part, sans droit de regard. Et puis en 2017, ils ont acheté une maison et ont décidé à ce moment-là de n’avoir plus qu’un seul compte commun. C’est Valérie qui suit les dépenses et gère le compte.

« Mon mari ne le regarde même pas. En fait, il s’en fiche complètement, tant qu’il y a des sous, il est content ! »

Avant d’avoir ce compte commun qui sert à payer toutes leurs dépenses, ils se répartissaient les dépenses en faisant des calculs grossiers pour essayer de « faire moitié-moitié à la louche ».

Les dépenses de Valérie et de son mari

La principale dépense de la famille est bien sûr le remboursement du prêt qui leur a permis d’acheter une vieille et grande maison de ville au nord de Marseille, près de l’école-collège-lycée des enfants.

« On a un mini-bout de jardin, une terrasse ombragée, une petite piscine, on est vraiment bien ! Avant nous étions dans le même quartier, mais dans un tout petit appartement. »

Se loger leur coûte donc 1.800€ par mois (de mensualités), auxquels il faut ajouter 400€ de taxes foncières et d’habitation et de factures diverses (électricité, eau, etc.).

Côté alimentation, Valérie estime qu’ils dépensent environ 600€ en courses par mois et 300€ de cantine.

« Cinq personnes à nourrir, dont deux ados et punaise ça mange un ado, sans oublier les deux chats ça chiffre vite ! »

Les trois enfants vont dans une école privée et leurs parents versent donc environ 300€ de frais de scolarité par mois.

La famille a aussi un abonnement internet, quatre forfaits mobiles (dont deux minis chez Free), et des abonnements partagés pour . Le tout leur revient environ à 100€ par mois.

« On ne se prive pas, mais on ne surconsomme pas »

Enfin, le couple verse environ 200€ par mois pour leurs assurances habitation et voitures. Et 300€ pour leurs mutuelles. Sans oublier les 100€ consacrés aux traitements d’orthodontie des enfants et les dons divers faits à des associations.

« Il nous reste donc environ 2.000€ par mois qui partent au quotidien dans de l’essence, de l’entretien de nos deux voitures, des vêtements et chaussures (ces fichus minots poussent plus vite que des champignons, je devrais VRAIMENT arrêter de les nourrir), des loisirs locaux (mangas, jeux et jouets, activités extrascolaires, sorties). »

Valérie estime qu’ils sont à l’aise financièrement. Ils ont les moyens d’épargner pour leurs retraites et les futures études de leurs enfants et de partir en vacances.

« Quand il a fallu payer la réfection de la toiture, on n’a pas tergiversé, on part au ski tous les ans une semaine, on voyage assez peu, mais c’est par convenance personnelle… Bref, on ne se prive pas même si l’on ne surconsomme pas (pas de technologie ou de fringues à outrance). »

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Le rapport à l’argent de Valérie et de son mari

Comme le couple a un rapport à l’argent assez similaire, et pas de problème pour boucler les fins de mois, ce n’est pas un sujet de disputes entre eux.

« Et tant mieux, on a des amis qui se déchirent autour de 20€, ça me terrifie ! On est assez d’accord sur la hiérarchisation des dépenses : changer la télé n’a jamais été un motif de privation, réparer la voiture oui. Quand on était plus jeunes et un peu justes au niveau financier, on discutait des grosses dépenses, et on mangeait des pâtes à l’eau quand y’avait pas le choix…

Nous ne sommes pas vraiment dépensiers, ni l’un ni l’autre (même si monsieur trouve que j’ai trop de BD et de vernis à ongles !), et nous ne faisons pas de l’épargne une priorité absolue… Nous cherchons à assurer pour les études des enfants (s’ils veulent en faire) et pour compléter notre retraite (qui sera misérable, vu que nous sommes deux fonctionnaires entrés sur le tard dans les cotisations). »

Le rapport de Valérie à l’argent lui vient tout droit de l’éducation reçue de ses parents et elle essaye de transmettre les mêmes valeurs à ses enfants, en accord avec son mari.

« Mes parents n’étaient pas riches, mais ils m’ont élevée en faisant en sorte que je ne manque de rien, et si mes fringues n’étaient pas toujours neuves ou fashion, tant pis… Étudiante, je bossais pour payer mes loisirs, mes fringues (mes parents assumaient la cité U et les transports), c’est une bonne école.

Actuellement, nos enfants sont élevés dans cette stratégie : ils savent que nous avons de l’argent, mais on discute les dépenses de manière à les raisonner. Mon deuxième est plutôt coquet, il me demande de temps en temps des fringues de marques, mais c’est raisonnable, si c’est une pièce un peu chère (genre une paire de baskets Nike ou un Levis) par saison, c’est le bout du monde… »

Épargner pour assurer leurs retraites et les études des enfants

Chaque mois, Valérie et son mari alimentent leurs assurances-vie respectives avec 300€ pour compléter leurs futures retraites. Ils mettent aussi de côté depuis leurs naissances 50€ par enfant chaque mois, versés sur des livrets A ouverts à leurs noms.

« Mon ainé, à 16 ans, a près de 15.000€ de côté (sur son livret A, car on y verse régulièrement des extras. Il a aussi un compte courant avec une CB depuis deux ans, mais il ne s’en sert absolument jamais. »

Côté argent de poche, les enfants ne reçoivent pas de montant fixe, c’est à la demande, car « ils sont très raisonnables » : en général ça représente moins de 20€ par mois.

Merci à Valérie d’avoir accepté de répondre à nos questions !

Pour participer à la rubrique, écrivez-nous à l’adresse : daronne[at]madmoizelle.com en indiquant en objet « Règlement de comptes » et en vous présentant en quelques lignes.

Si jamais vous souhaitez commenter cet article, rappelez-vous qu’une vraie personne est susceptible de vous lire, merci donc de faire preuve de bienveillance et d’éviter les jugements.